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IMAZIGHEN OU L’ETERNEL COMBAT POUR LA LIBERTE

Par Ali Khadaoui*, Ambassadeur des « Poètes de Tamazgha » auprès de « Poètes du Monde »

TAMAZGHA: L’officialisation de la langue amazighe au Maroc, la prise spectaculaire de Tripoli par imazighen (les berbères) libyens, ainsi que la tenue des sixièmes assises du Congrès Mondial Amazigh  à Djerba en Tunisie, remettent la question amazighe en Afrique du Nord et dans les pays du Sahel à l’ordre de l’histoire, malgré -encore une fois- l’amalgame entretenu par les média arabes, relayés par les média occidentaux, noyant le combat des imazighen dans « les révolutions arabes ».
Le Congrès Mondial Amazigh de Djerba est historique. Ses travaux se sont déroulés du 30 septembre au 02 septembre 2011 sur l’Ile de Djerba  en Tunisie, à 160 kms de Zouara la libyenne, et il a réuni les représentants des associations amazighes du Maroc, d’Algérie, de Libye, de Tunisie, de la diaspora, des Touareg et l’archipel des Canaries ainsi que, pour la première fois, la première association amazighe tunisienne organisatrice, créée dans le sillage de la révolution dans ce pays. Tout un symbole pour les militants amazigh.


Rappelons que le Congrès mondial amazigh est une organisation internationale non gouvernementale, dont le siège se trouve à Paris, et qui œuvre depuis sa création en 1995 pour la défense des droits historiques, politiques, linguistiques et culturels des imazighen qui n’ont jamais renoncé à leur identité dans un ordre politique, économique et social où ils sont exclus par des Etat- nations arabo-islamistes d’Afrique du Nord surtout, mais aussi par les  autres Etats où ils se trouvent comme le Niger le Mali, le Burkina Fasso et l’Espagne.

 

Les objectifs que s’est assignés cette association ont ouvert la voie à un dialogue et un rapprochement entre des populations amazighes qui connaissent les mêmes problèmes tout en vivant des situations différentes. Réunir les représentants  de ces populations pour  se parler, se concerter, échanger les expériences afin d’avancer sur le chemin des solutions à leurs problèmes multiples et communs, est une réussite dont les responsables du Congrès peuvent s’enorgueillir, car c’est déjà le début d’une concrétisation de la conscience et de la solidarité pan- amazighe. La question amazighe est désormais posée au niveau de toute Tamazgha et des instances internationales aussi bien celui des Nations Unis que celui des Etats démocratiques dans le monde.

Longtemps niés et reniés, imazighen de Tunisie et de Libye, dans le sillage des révolutions en cours dans ces deux pays, revendiquent leurs droits historiques, linguistiques, culturels, économiques et sociaux qui ont été bafoués plus qu’ailleurs, puisqu’ils n’avaient même pas le droit de se dire amazighs, et encore moins de parler la langue de leurs ancêtres sous peine d’emprisonnement ou même de mort. Cela a été le cas de Said Sifaw et tant d’autres en Libye. Kadhafi, le chantre du mensonge et de la démagogie, n’avait-il pas affirmé à plusieurs reprises qu’imazighen de Libye avaient disparu, comme les dinosaures ? On doit à ce mégalomane déchu de l’arabisme et tant d’autres causes perdues, l’appellation exclusive et franchement coloniale de «Maghreb arabe » imposée par l’idéologie arabo-baâtiste afin d’incruster dans les esprits des jeunes générations, que les populations d’Afrique du Nord sont arabes, au mépris de toutes les données historiques, géographique, anthropologiques et même génétiques ou toponymiques.         

 « imazighen », pluriel d’« amazighe » mérite bien son sens : « les hommes libres ». Leur langue originelle est «  tamazight ». Elle se manifeste à travers plusieurs variantes et possède un alphabet original « Tifinagh » dont les datations font remonter certaines inscriptions à plus de 5000 mille ans, et qui sont toujours en usage chez les Touaregs. En 2003, le Maroc a adopté tifinagh comme alphabet officiel pour l’écriture de la langue amazighe au Maroc, elle-même officialisée dans la constitution de 2011 après plus de cinquante ans d’exclusion. Mais partout ailleurs sur l’ère géographique de tamazight, imazighen attendent toujours que les Etats dont les constitutions ont été affirmées en seuls termes arabo-islamistes, daignent reconnaître leur existence à travers la reconnaissance de leurs droits linguistiques, culturels et autres en tant que peuple autochtone. Cette non reconnaissance a toujours heurté profondément les sentiments identitaires amazighs, et amené le Mouvement Amazigh à travers Tamazgha à redoubler d’effort, afin de rester fidèle au combat éternel de leurs ancêtres pour la liberté.

Les populations amazighes, estimées aujourd’hui à plusieurs dizaines de millions d’habitants, se sont morcelées suivant les tracés de frontières héritées de la dernière colonisation. Elles sont aujourd’hui, avec des proportions inégales, de nationalité égyptienne, libyenne, tunisienne, algérienne, marocaine, mauritanienne, malienne, nigériane burkinabée, tchadienne, canarienne, sans oublier une forte diaspora qui se compte par millions en Europe, en Amérique et au Canada. Le critère d’identification étant la langue, les imazighen darijisés ne sont pas pris en considération, alors que la majorité d’entre eux savent qu’il y a juste quelques décennies, leurs parents parlaient encore tamazight, et que certains intellectuels parmi eux commencent à réclamer leur amazighité ! En effet, les populations qui parlent la « darija », ce qui est communément appelé « l’arabe dialectal» produit de la rencontre entre la langue autochtone -la langue amazighe- et la langue arabe, sont dans la réalité des imazighen darijisés et non arabisés. Mais comme le lexique dominant de cette langue est arabe, même si la structure profonde et la conjugaison sont amazighes,   comme l’arabe est langue du pouvoir et abusivement affirmée langue du coran, la darija est vite qualifiée de dialecte arabe, et c’est ainsi qu’on en est arrivé à l’expression « d’amazighes arabisés » pour désigner les populations amazighes qui ont juste perdu l’usage de leur première langue, mais qui gardent tous les autres constituants de la culture et donc de l’identité amazighe, identité de toute l’étendue de l’Afrique du Nord et du Sahel.

En réalité, le combat des imazighen pour leur liberté et leur indépendance n’a jamais failli depuis des siècles. Leur résistance, à travers l’histoire, d’abord militaire, ne tarde pas à prendre d’autres formes : culturelle, spirituelle (Donna, Tertullien qui firent du christianisme une arme de résistance contre l’occupant romain, ou les Berghwata et les Ibadites qui ont traduit le coran en langue amazighe afin de dissocier l’arabisme raciste de l’islam en tant que religion universelle), et aujourd’hui juridique, sociale et politique et encore et toujours militaire. Défiant le temps et les lois qu’on a voulu leur imposer imazighen se rappellent au monde à travers leur rôle primordial dans la révolution libyenne. Le Mouvement Amazighe est un mouvement pacifiste qui revendique des droits élémentaires et naturels. Il incarne le combat d’une communauté majoritaire statistiquement mais minorisée par des pouvoirs despotiques et dictatoriaux qui l’ont asphyxiée pendant plus de cinquante ans. Le Mouvement Amazigh est un mouvement qui revendique la démocratie, la citoyenneté, la laïcité, le droit d’exister en tant que peuple autochtone ayant une identité propre, mais une identité ouverte qui n’exclut personne.

Patiemment, mais imperturbablement, le Mouvement Amazigh a contribué à la remise en question d’un processus voulu irréversible depuis les indépendances des pays où se trouvent imazighen par les tenants de la pensée dominante arabo-islamique: la désamazighisation de l’Afrique du Nord comme prix à payer pour une unité mythique avec un Proche-Orient distant de milliers de kilomètres, mais qui a été incrusté dans les esprits et les cœurs par quarante ans -sinon plus- d’une propagande qui n’avait d’autres objectifs que de cacher une vérité : que l’Afrique du Nord n’est pas arabe, historiquement et anthropologiquement parlant.

L’arabe et l’islam constituent des apports prestigieux, mais dont le Mouvement Amazigh refuse l’utilisation en tant qu’outils de domination, d’oppression et d’exclusion de la culture et de l’identité autochtone de cette région. Il fait sien le principe fondamental de l’égalité des cultures, de la diversité et du pluralisme culturel et politique,  préalables indispensable à la conscience démocratique.

Les révoltes populaires tunisienne, égyptienne et libyenne et la mort de Kadhafi ont soulevé d’immenses espoirs quant à une transition réelle vers la démocratie. Mais c’est compter sans le lourd héritage du messianisme intégriste arabo-islamiste, qui a fini par vomir à la face du monde entier, ses perversions les plus abjectes. Les massacres des coptes en Egypte, les dernières déclarations de Abdeljalil qui veulent faire de la Libye une république islamique, le score des islamistes en Tunisie, devraient obliger les observateurs à revoir leur copie sur le « Printemps arabe » et la démocratie dans les pays arabo-islamiques.  Le Mouvement Amazigh qui s’est fait l’ardent défenseur de la liberté et de la démocratie, synthèse entre une identité amazighe au potentiel terriblement moderne et les droits de l’homme, ne demande qu’à être reconnu, promu afin de jouer pleinement son rôle moteur d’un processus démocratique où la liberté de pensée et du culte est respectée. Toute démocratie en Afrique du Nord se doit de prendre les mesures nécessaires pour garantir pleinement à la communauté amazighe son droit à vivre pleinement sa propre identité culturelle, en conformité avec les principes des Droits de l’homme dans toutes leurs générations.

Alors ? La Tunisie et la Libye comme l’Afrique du Nord seront-elles amazighes- ou arabo-islamique ? Seront  elles démocratiques et donc patries de tous les citoyens sans exclusion aucune ou encore une fois, reconduiront elles l’esprit dictatorial omeyyade qui s’est mué en arabisme et islamisme ? En tous cas, la page est loin d’être tournée pour imazighen en Afrique du Nord et ailleurs. Mais une chose est sûre : aucune démocratie ne se fera désormais sans eux.

Le dynamisme amazigh a survécu à plus de trois mille ans de convulsions et d’histoire, sous des formes diverses et contradictoires. A travers Carthage, Rome, l’Islam, les Turc, la présence européenne, et même, aujourd’hui, les dictatures de l’Afrique du Nord et les révoltes en cours, se développe patiemment, opiniâtrement, ce que Jean Duvignaud appelle la “nébuleuse berbère”. Mouloud Mammeri disait déjà que « la culture au sens anthropologique moderne est à la fois, « saisie d’une identité et définition de quelques attitudes, valeurs et manière d’exister, qui emportent ce qu’il y a de plus essentiel dans un groupe social. De ce point de vue, dit—il, on peut dire que c’est peut-être dans le domaine de la culture que  l’unité du Maghreb est la plus immédiatement perceptible ».

Après tout, Neptune et les nymphes couvaient en réalité des génies adorés par les libyens depuis une très haute antiquité. Il s’agit donc là d’une romanisation de vieux cultes amazighs. Il y a sûrement eu contamination des divinités amazighes par d’autres cultes. Un énorme travail de recherche reste encore à faire afin d’accéder à une profonde connaissance des croyances amazighes. La réalité religieuse antique, judéique et chrétienne est partout présente en Afrique du Nord. Elle constitue avec les autres composantes de l’héritage amazigh, la mémoire d’un peuple qui refuse de mourir, de tuer, car oublier, n’est ce pas tuer une deuxième fois? Cette réalité imprègne toute la vie des Imazighens en Afrique du Nord et ailleurs. Vouloir réduire cette réalité aux seuls apports arabo-islamiques, c’est assurément miner d’avance les chances d’une véritable démocratie.

 

 

Ali Khadaoui 
[Ambassadeur - Tamazgha]


* - Poète- anthropologue
-Ancien membre démissionnaire du Conseil d’Administration de l’IRCAM
- Membre de l’Académie Européenne des Sciences, des Arts et des Lettres
- Ambassadeur des « Poètes de Tamazgha » auprès de « Poètes du Monde »



 

 

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