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Eduardo Galhos
Nacionalidad:
Francia
E-mail:
Biografia

PARFUM D\'AVRIL

Venu de la rase campagne
du sud de mon pays
dans nos sens affligés
estropiés d\'amour
de feu de liberté
il y avait comme un parfum
d\'une révolution imminente
depuis une éternité
et qu\'attendait
et qu\'attendait.
Ce parfum si exaltant
tôt dans un matin d\'avril
s\'accompagnait dune chanson
chantée par des voix rauques
comme seuls savent chanter
ceux qui sont nés là-bas
et qui sentent si bon encore
après toutes ces années.
Elle faisait peur au péril
cette chanson nonchalante
se traînant doucement
en harmonies fatiguées
et qui montait
et qui montait.

« Grandôla, villa morena
terra da fraternidade.
O povo é quem mais ordena
dentro de ti, ó cidade. »

Ce parfum de liberté
a surexcité les rues
les places les avenues
les quartiers mal famés
de la cité jusqu\'au château.
Ce parfum d\'avril
a pris tout et tous d\'assaut
des hommes au cour de lion
qui pour la première fois
ce sont pris dans les bras
s\'embrassant comme des enfants
les visages pleins de larmes
interdites auparavant
et ça pleurait
et ça pleurait
tout en riant.
Sur les terrasses des cafés
les femmes étaient disposées
dans des poses étudiées
cigarettes entre leurs doigts
elles riaient aux éclats
devant le rouge des oillets
au bout des fusils dressés
par des joies érectiles.
Seuls les vieux sages figés
regardaient au lointain
ouvrant grand leurs yeux bleus
pour regarder plus haut les cieux
qui les avaient oubliés.
Pas loin un très très vieux homme
posté devant la mer et fragile
arborait un sourire léger
qu\'éclairait son profil
et tout bas
et tout bas
doucement il murmurait
« Le père de mon grand-père
avait raison quand il affirmait
il n\'y a pas meilleur parfum
que celui de la liberté ».
Une vieille à son côté pleurait
son fils mort à la guerre
discrète tout en pudeur
comme elles font les mères
des pays qui ont souffert.

Moi quand je mourrai
je veux qu\'on me couvre d\'oillets
rouges je les veux comme le sang
couleur que j\'aime tant.
Quand en terre on me mènera
qu\'on m\'entonne cette chanson
avec les mêmes voix rauques
restées dans mes oreilles
tel un rare reliquat.

« Grandôla vila morena
terra da fraternidade.
O povo é quem mais ordena
dentro de ti, ó cidade. »

« Dentro de ti, ó cidade
o povo é quem mais ordena.
Terra da fraternidade
Grandôla, vila morena. »

Je veux dans cet apparat
tout parfumé d\'avril
passer par le royaume des cieux
car je ne veux pas y rester
non je n\'en veux pas.
Juste le temps pour Lui dire
s\'Il n\'est pas très occupé
les souffrances des pays
les guerres pour arrêter
les murs à détruire
que seul l\'amour jubile.
Sûr je vous le jure
je ne ferai que passer
Je ne ferai que passer
Tout rouge et parfumé d\'avril

LE LAC AUX NÉNUPHARS

Manifestement ils ont les cygnes
Ces ailés aux sinueux cols blancs
Beaucoup de majesté et d\'élégance
Évoluant pleins de grâce et de sérénité
Dans la brume d\'un matin d\'hiver
Ou un soir de grande lune de cristal
Comme si c\'était naturel d\'être né
Gratifiés de si royaux apparats
Glissant altiers comme dans un rêve gracieux
Suivis de leurs pairs dans un cortège royal
Tandis que derrière trottine une peuplade
De vilains petits canards affairés et envieux
Oubliant qu\'ils sont nés sans savoir
Dans quels draps ont couchés leurs parents
Des petits voyous débrouillards et boiteux
S\'immisçant sur la route des élégants
Sous un soleil flamboyant qui dore
Les eaux sereines d\'un lac aux nénuphars.

En regardant ce tableau singulier
De seigneurs et de coquins qui cohabitent
On pense naturellement au genre humain
Où les uns vivent dans l\'aisance généreuse
Les autres traités de bâtards qui profitent
Tous en se débattant sur un même territoire
Et j\'ai pensé soudain à cet autre fin canard
Un ami d\'enfance monté à Paris et qui a bien tourné
Employé d\'état depuis cinq ans aux finances
Qui souvent se glisse avec une certaine prestance
Endimanché à souhait dans des salons mondains
Éclairés de mille feux où tout est plus que noir
Dans les affaires politiques les stratégies de la bourse
Des secrets d\'alcôve chuchotés entre égaux
Avec quelle assurance les cygnes le tiennent à l\'écart
Sous des regards assassins et des coups de patte effrayants
Tout en finesse avec du savoir-faire comme il se doit
Et mon pauvre canard qui me dit avoir l\'espoir
De se pavaner un jour dans un cabinet de ministre
Ou être élu au syndicat et prospérer dans les mêmes eaux.

Ainsi va le monde des cygnes et des canards
Des cols blancs bien empesés et de vrais endimanchés
Tous jetés dans un vertige programmé sans aucun avenir
Une tartufferie bouffonne qui longe les grands boulevards.

« DEO GRATIAS»

Avant la nuit des temps après que la lumière fut
avant le tout après le rien une idée a été conçue
entre le noir et l\'obscur d\'une création fatiguée
un rejeton naît du néant abandonné à la naissance
promu maître d\'un royaume rêvé sans autre salut
que de procréer à l\'infini pour s\'entre-tuer sans répit.

« Deo Gratias » pour l\'Erreur ainsi commise.

Désoeuvré irrationnel puisque intelligent
l\'homme n\'est qu\'une infime partie
d\'un tout qui restera éternellement une hantise
ouvre inachevée qui court à sa perdition
de toute la création il est ce triste animal
doté de la faculté innée à tout anéantir
forêts océans villes pays continents
tout ce qui l\'environne il l\'appauvrit ignorant
l\'assassinat et le viol sont le pain quotidien
d\'un être avide de sang qui répond toujours armé
à l\'autre qu\'il croise sur son chemin étroit
tourbillon sans raison dans une folle spirale
il ne sera jamais que l\'idée d\'un être héroïque
il n\'est qu\'un produit en voie d\'extension
d\'une vague pensée d\'un esprit maladroit.

« Deo Gratias » pour cet instant fatidique
qui nous a soufflé la vie et notre errance depuis
cet essoufflement qui nous épuise à l\'infini
obligés à louer pour toujours notre mal.
comme si c\'était naturel.

Nous sommes la plus belle erreur ainsi crée
la Sainte Erreur Originelle.

biografia:

Eduardo Galhos,
homme de théâtre, peintre calligraphe et poète, de nationalité portugaise, réside à Paris depuis 1970.
De son parcours, il dit: \'Ma peinture a la Forme d\'une écriture, mon Écriture celle de la Poésie, le Fond des deux étant concret et éphémère, dans le Temps\'
Son expérience japonaise a été une de ses plus fortes émotions humaines et artistiques: elle a bouleversé sa peinture,son écriture poétique et son théâtre.
Il vient de publier aux éditions Poiêtês: \'l\'Homme assis\' [poème], une posture sereine et naturelle, dans laquelle l\'esprit reste debout et éveillé et vagabonde au gré de ses émotions \'sur la terre des hommes\' pour \'se sentir traversé... et traverser soi-même\'.

edo.galhos@free.fr

 

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