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Ali Khadaoui
Nacionalidad:
Tamazgha
E-mail:
asfru2008@gmail.com
Biografia

Ali Khadaoui

Ambassadeur de Poètes du Monde au Tamazgha

Je suis amazighe [berbère] du Maroc, né au Moyen Atlas vers 1953, un certain jour du mois de Septembre d'après ma mère. Ma langue et ma culture mères [orales] sont donc amazighes et c'est à travers elles que j'ai entendu mes premières berceuses, c'est en elles et par elles que s'est constituée mon identité, une identité dont je suis fier, et pour la survie de laquelle je milite depuis plus de trente ans. C'est à partir de cette identité que je peux m'ouvrir sur le monde et sur les autres sans complexe et que je peux enrichir le patrimoine universel, faisant mienne cette maxime de Saint-Exupéry : « Si je diffère de toi, loin de te léser, je t'augmente ».
Pour rappel, les premiers habitants de l'Afrique du Nord, du Sahara Septentrional, des îles Canaries et même d'une grande partie de l'Egypte, se nomment « Imazighen », pluriel de « amazighe », ce qui veut dire « l'homme libre ».Ces habitants sont aussi connus par une appellation exogène qui leur a été collée par les envahisseurs romains: « les berbères ». Cette appellation a été reprise par les conquérants successifs, surtout les français et les arabes. Aujourd'hui, par le biais de la religion particulièrement, la minorité arabe -originaire du Proche Orient- a réussi à imposer son pouvoir, sa langue et ses valeurs sur toute l'Afrique du Nord, si bien que les Etats de cette partie du monde se définissent comme « arabes », ce qui constitue l'exclusion pure et simple des habitants autochtones -largement majoritaires- des institutions des Etat actuels. 

Lettres de temps sur les roses

Dans les branches touffues des cèdres majestueux
aux dernières lueurs du jour
des papillons multicolores
se chuchotent avec affectuosité
les poèmes des troubadours amazighes
et les échos des ancêtres…
Les odeurs de résine et de thym mêlées
se souviennent d’une enfance
qui passa par là comme une étoile filante
le temps d’un enchantement …
dont le cœur palpite encore
aux premiers rayons du soleil
Ah ! le bord du ravin intérieur
où les souvenirs nous mettent en danger
où nos secrets idiots sont inscrits
en lettres de temps sur des roses…
Un prélude
ce rouge de braise la nuit
au sommet d’une colline atlassienne
où des jeunes sexes confondus
dansent ahidous[1] jusqu’à l’hypnose…
Sur la route des caravanes
les légendes courent toujours de dune en dune
les légendes où se mêlent pèle mêle
le peuple amazigh
aux rites juifs chrétiens et musulmans….

Sur les routes de l’amour
l’empreinte éternelle d’une femme magnifique
qui se reconnaîtra…
**********
[1] danse collective amazighe où se mêlent poésie et chant.

---------------------------------

Laissez les oiseaux chanter

En fait
j’écris pour fuir
explorer
ce mystère que je suis…
Rivière désert caravane
Mirage des siècles et des larmes
des enfants
des regards
des horizons
des troubadours…
Le poème
La lumière
Ce vent
Mémoire des filles
avec l’onde
des nuages
Izlan [chants]
Ce parfum
De tiwirga [rêves]
Des izuran [racines]
Asghurd n tiwtmin [youyou des femmes]
en pleine lune
avec des étoiles complices
et des astres silencieux…
L’oralité
La mémoire de l’océan
L’irrigation frayeur
La brise cet âge absence
puissance blanche
rituel ivre
angoisse de l’étranger….
Le temps
muet
est mort sur une plage
libellule invisible sur le roseau
et la voix incolore
comme le ciel la nuit
le ventre de la terre
s’amuse à regarder l’homme
boire à sa coupe
de mouche et de blanc
Le hasard n y est pour rien
il poise juste pour l’éternité
Mieux
la platitude comme être sans projet aucun ?
Terrible
Cela s’adresse plutôt aux femmes qu’aux hommes
aux femmes que les religions monothéistes
ont broyées
dans le bonheur et l’angoisse de l’enfantement…
Et les peuples crient :
Laissez les oiseaux chanter !!!
L’homme derrière le masque
juste avant l’aube
dépose devant l’autel de l’éternité
contre les crimes réunis
de l’Occident et de l’Orient
« J’ai des cœurs dans la tête
et des
papillons
dans le cœur… »
Ainsi parla une jeune fille de 7 ans
amoureuse d’un garçon de 8 ans !
Interdit !
Le jour s’est levé car c’est le moment
d’habiter ses mots
Rien ne justifie les conquérants
Et l’aurore
ce sera
l’échange de l’espoir
contre le mur d’en face…

*******************

ali khadaoui
Kénitra fin 2010


NB : Ces deux poèmes ont reçu le prix international du 13e concours de poésie organisé par l’Association la Porte des Poètes à Paris en 2009.

Aglmam imttawn

Ul inw
Illa digs yan aglmam imttawn
Amr irzim ad issuff isaffn

Azmz ayd yussin awal inu
Azmz ayt igran jaj iwaliwn yadn
Azmz iga iwaliwn enna ittinin tenna yuran
Dadigs etssawal tawukt
xf isndal imazighen

Ul inw
Iga tirrgin enna eg ighus yan urba amzzan
Yak ad yaki ukswat ad izr ayenna ikkan
Xf ugjjig awragh iqqurr s irifi
Allig gant tndlin n winna ittunghin
Am waman iddan gher ill
yak ad achkin tanggarut

Rix ad inix yits iwaliwn enna ur ejjin illin
enna gher mi ur illi umzruy
enna ur izrin mayd ikkan
Bar ad mghin eggudin emghurr awdn ignna

Innayi Moha
Han att init yan krad ekkuz
egg ixf n udrar
Han att init ism n waman

Han tiwtmin ennex ur da tirint ayenna

Inati may teggax i tizizwa enna ineqq ummarg
Inati may teggax tihit imazighen ittemrdall

Bdan ku yan maghr idda
Genn ku yan mag warga

Da ettunghan yan s yan
Dat en yan d yan

Ku yan da yall s tufra

tawada

Akk mayd illan xf tudert urmxt imssus
ghas lehna kud iteddu ittatfut

Adday neddu g ubrid annix yits iskla
a idgl enna dikkat wado n errif
Aman hat imettawn enn ed ettrut a yachal
ellig tzrit axub enna da ineqqen ililan

Adday neddu g ubrid annix yits igherman
g Ajdir a Mohand enna isul ur endill
g l’Atlas a Moha gan ifrax akrias
g Saghro a Aâssou gan itran amrwas

Adday neddu g ubrid annix yits ixwwan
echan tidi n umazigh amzen tamghra
wiss ighran iwndlib arumy ur iss irdix
wiss inghan aylli d ittiwy emma hello

Adday neddu g ubrid annix mani nekka
ga imazighen tugga tekker xf isendal
awi xsin issan ad usar teddun issan
awra a amazigh an smrar awal

Awra iniyi madda trit inighak
hat ur nenni an ili da ula tilim en
mk ur ensmun akabar att yawi wado

Hak ayenn igan afa g ul inw a ayt ma
allig yalla s uxub ar ittru tilufa
is ur nufi magha ed irarr winna iddan
s aburz elli ikkan ad ax yili assa
adday nekkes ahellas ibbin tiram ennun

Ur immut Moha Abehri

Emghar tessax a yismun inw ul inu yudn[1] a yismun inu gan tixat[2]
Emghar rux ur inni imettawn akked rarin ghuri ula neddu dix ghurun
Yak intel[3] wenna da isetsan yamz ghurun tamunt ay imazighen umur

Da ettru Tizi n Isli d Ughbala allig run ayt Umalu d ayt Rif
Da ettrun ichirran d emma nk a Behri run winna ettmun ed widday k iran
Etrunt a Zawit ur tsusimt ar ettinit memmi nw assenna eg idr achal
Mer ghurm atig a lixra ad cin imazighen ad am nini ad ur t ettawy
Ceyy a Oudads tusit tegmasn ayenna ettegt a tagmat i widda ira wul
Sussem a Hussa xu ettru hat tessent idis Moha ur ax igi bu imttawn,

Ennighak hat ur immut ghas argaz ur ijjin effirasn ayenna day isemghurn[4]
Izrid Moha a yismun inw eyenna yanx ettawyn an eddu dat en imassen[5]
Ha Biqca[6]datax ur temmut ha tamazight ella trun ixubas wadu
Hayawn amerwas ayd iga uya ghifun att tefrum[7]tassim addur n imak
A yismun n Moha u Bahri ila ghifun an mun aggan bnid untal enns
Anamz amur i ayt umur win imazighen enna igan igujill n umuttel[8]

Gat assn a acal i umeddakkl inu ku ma ur ufin dad eg tizza ur izill[9]
A ijj n ayt Wallal gat amnir[11] i Moha essktayn ul en wi da ittettun
Tamart en Behri ad ginn itran enn igan timitar i winna ed ittlalan.

[1] zeg « attan », adan, igh nca.
[2] Zeg “tixt”
[3] Zeg antal, intel[indel, tindalt, isendal:isental?]
[4] Zeg temgher, tixitert
[5] Tirzi n titt i wiss ikkatn xf tamazight
[6] Adlis amzwaru n Abehri
[7] Zeg afra, ifra amerwas
[8] Zeg “ettel”: amuttel [une philosophie religieuse chez imazighen qui se résume à: amuttel ad yamz bab ennes, emk ur tyumiz ad yamz tarwa ennes, emk ur yumiz tarwa enns ad yamz irw n yirw
[9] Eddunit ur as ezzil ca ibehri
[10] Asklu enna da ittiri Abehri
[11] ca da issektayn midden xf ca izrin

Yarut ali khadaoui
Eg lknitra ass n 03-10-2003


Traduction:

Moha Abehri n’est pas mort

Même si je ris ô mes amis mon cœur pétrifié saigne
Même si je pleure les larmes ne sauront le ramener
Celui qui nous faisait rire et nous accompagnait ô imazighen a disparu

Tizi N Isli pleure ainsi qu’Aghbala ait Umalu et le Rif
Les enfants, ta maman, ceux qui te connaissent et t’aiment pleurent
Zawit est inconsolable et ne cesse de dire à ton enterrement : mon enfant !
Si la mort avait un prix, imazighen payeraient pour que tu restes
Toi, Oudades, tu l’as pris et fait ce que font les braves à leurs proches
Ne pleures pas ô Houssa, Moha n’a jamais été un pleurnichard

N’est mort que celui qui n’a rien laissé de glorieux
Moha nous a laissé le chemin tout tracé
Biqca n’est pas morte, tamazight pleure devant nous de tristesse
Voici une dette qui vous incombe de payer
Ö amis de Moha Abehri, s’unir c’est lui demeurer fidèles
Afin d’arracher les droits des imazighen qui sont encore bafoués

Ö terre ! sois clémente et miséricordieuse pour mon ami
Ö pistachier sauvage des ait wallal sois témoin et réveille ceux qui oublient
Et que la barbe de Abehri soit des étoiles témoins pour ceux qui naîtront.

Traduction de :
ali khadaoui


itri amzwaru

Tettutit a itri amezwaru enna ed iwcan imezzann
Allig eddidda usid ad annin imazighen ani gher man
Idda usmun ennex iccatn wacal igann win isendal
Ikka essehd ul inw ikka tasa allig iffghen es iseramn

Idda iqqur ughbalu walligh enna ed isswan izuran
Allig iga argan amalu en umazzigh mani enn ellan
Usar ettux asmun inu ayen digi ettghiman iman
Tellit egg ul a Ali all isusem digi ensul an emzar

Ha timitar iwaliwn enna tennit ighudan sull effirak
Ha amzruy enna tessifft illa dati ami egganx exf isennan
Tixat en winna igenn ur ukizen tugga ineqq irifi
Tixat en winna izzenzan amur imazighen ami en emmut

Immughi wul inw a tilufa igad izri imetti
Ur ufix asang ur ufix ayenna gix waxxa tenrix
Mer tannit a lixra ayenna essergigit tasa tefsi
A tadarghall is tiwit assid enna ed ittawin idarr

Ali Khadaoui
Eg Knitra ass en 15-09-2004



Amekraz en tililli

Ad irhem rabbi si Ali argaz ur iggwiden innan mayd yannay
Nekkint amazigh ur tejjax maghayi yamsen yad tameddalut
Enzix eg imezwura umezruy gan ax amur gan amnir eg dati
Ugha ten ittuttix ayenn ekkix eg tudert all ax teghzim tadermiyi
Ezrat amzruy en tamazgha hat egran i izuran tihiddiqqin
A emmis en umazigh aky idda uburz yaghuld igak tameddallut
Iwink imexxar a Ali tawt lhabs allig tusit tassennann ur tedmit
Maca ur ak erzin ul gan am wassif ar isswa eqqah tidemriwin
Allig tugemem a yifsan imghid ililli egran achkuk eg wacal

A tatfi en ighimi enk adday tsawalt a si Ali dat en imeddukkal
Adday da tinit izlan enn tarut aha etgert itran egg tillas
A tatfi en wawal enk adday da ettgat iwneghmis tiwenziwin
Ellan dati usar ettettux hat amur ay gan a Ali eg tezrit i
Izzay wagga magha et yassin han azaza en tmazight igen ghifi
Eggudn isexnad wasa mani egg gha en ammen en seddiri
Esgunfa is ur awn tgi tudert ass umlil a Ali bu tanut
Afa enna tagrit i tghufi umazigh ad akyen yamzenn ezlillut
Att iwc iwinna yadn issiwtt all tmatart enna tgit egg ulawn

Akk irham rabbi yamz ifassen i waraw ennek issusem imeddukkal
Emk itzrit eg manig tellit hat tzrit tixt ennanx isedwiwissen
Usix tagallit ur taghulx a yamur ax tezrit gixt ed iwi
Unna t yiwden ad emmtex ghifs ula ad immet umur ed izerfan inw
Hat ur gha temtaten winna ixater assin tiram en imezwura
Inasen i Behri sulx adday kid ektix asyex tixt igen wacal

Ali Khadaoui
Eg knitra ass en 01-10-2004


Emmax a achal

Tebbim tasa enw a y icirran n Rif wiss ezrin ait umur
Tebbim tasa enw a ixatar en Rif wi tezrim a lwacun [1]
Wiss teccit a yacal i Lhoucima ur fafan gellinn[2]
Yulid wafa zeg w ul iggafy[3] eghr ixf ur edmix arwas[4] a
Ella igujil da ettinin urk ehmilx a y acal
Is tiwit baba nu ed imma sulx enmezziy
Ella ixatar da ettinin urk ehmilx a y acal
A tixt[5] en yid eg ax tgit iygherman tindlin
Ehhuydex[6] es uhbad[7] allig ar sawlx iyzra
Han taghuyyit inu da ettalinn es igenna da ettraânn es aghella

Emmax a y acal!

Allen icirran igan am tinikt[8] eqqennin
Taggayin[9] gant s idammen ami terza tisit[10]
Tezdant a tinegma[12] tifassin tihraradin[11]
Axlaâ ayd as igan i icirran tiwrgit[13] ar teddun
Da ettawin gellinn es ixf afella igudar ittutin
Awd tiwirga[14] en temzi ennsen tiwittent a y acal
May gan ijdad enna ed izzaâ ifigher u niri[15] ?
Ullah ar rux ellig innan isghuy iman[16]
Eddaw en wacal sin en wussan ed yidan ghezzifnin
Ur tufim may knid essufughen i izra …

Emmax a y acal!

Tiwit ayt matnex eg uwnul[17] eg unuddem a y acal
Tessight ahddiqq[18] eg ulawn en winna eqqimanin
May trit ad ax tinit es uyad a y acal?
Id is ur eswin midden walu ghurk?
Id is turdert atig[19] ur tlin?

Yarut ali khadaoui
Eg 25-02-2004


[1] lwacun : icirran [les enfants]
[2] igellin : unna aghent tilufa enghed immutas ca [ le pauvre !]
[3] iggafy : yuli [ est monté]
[4] arwas : la catastrophe
[5] tixt-tixat : le chagrin
[6] zeg tihit : la folie
[7] ahbad - ihbed : iffegh ixh enns es tiggwett [ hors de lui, paralysé par la peur]
[8] tinikt : la rouille
[9] zeg taggayt : tahannakt –tihannakin : les joues
[10] tisit : le miroir
[11] zeg tahrarat : la douce
[12] tingma zeg tingmit : le roc
[13] tiwrgit : corde qu’on met au cou d’un animal pour le tirer
[14] tawargit, tiwirga : le rêve
[15] zeg aniri : le malheur
[16] iman : l’âme
[17] zeg awnul : l’inattention, la traîtrise
[18] ahddiqq, ihddiqqen : le brasier, un grand feu
[19] atig : le prix

Pourquoi ? Ô terre !

Mon foie vous avez fendu ô orphelins du Rif sans protection parentale
Mon foie vous avez fendu ô parents du Rif qui avez perdu vos enfants
Ceux que tu as engloutis ô terre d’Alhoceima dans leur profond sommeil
Le feu de cette catastrophe est monté de mon cœur à mon esprit
Les orphelins doivent se dire ô terre je te hais
Tu as pris nos pères et nos mères et nous sommes encore tout petits
Les adultes doivent se dire ô terre je te maudis
Quel chagrin ces demeures transformées en tombeaux
De terreur de folie nous parlons aux pierres
Et nos cris s’adressent au ciel et au néant

Pourquoi ? Ô terre !

Ces enfants aux yeux rouillés éteints pour jamais
Ces joues ensanglantées telles des miroirs brisés
Ces petites douces mains écrasées par les pierres
Ces âmes errantes au bout de la terreur
Ces âmes hagardes sur les amas de ruines
Même les rêves de leur enfance tu les as confisqués

Qu’ont-ils fait ces oiseaux au serpent du malheur
Ma parole j’ai pleuré quand on m’a appris
Que des âmes ont crié deux longs jours et nuits
Sous blocs et gravas sans secours aucun…

Pourquoi? Ô terre!

Par traîtrise dans leur sommeil nos frères tu as pris
Dans le cœur des survivants tu as allumé un brasier
Que veux-tu nous dire par là ô terre?
Que les hommes sont si insignifiants?
Et que la vie n’a pas de prix?

Irart gher tafransist
Ali Khadaoui


Asegwas amaynu amazigh

Aghawit yat tabrat a imazighen n amadal
Inatasn i araw ennun att iqran zwur
Inatasn amazigh ad yusin tilelli tamzwarut
Allig niwd manig nettingn is enbuna

Macha ur ax eddiji lmhayn a aâddanin
Ghas is da neggar ayn gan winx dima
Ghas is daselka x ait emmanw as


Ali khadaoui 29-012-2007

***********

J'avais quelque chose comme un rêve à te dire
un sourire de soleil en plein hivers
des mots jolis à faire rougir Mozart
des contes de grands-mères à t'endormir debout

Le temps, le temps,
Le temps a subtilisé mes mots
Le temps m'a exilé dans d'autres mots
Le temps a momifié le temps

Le temps ces larmes des mots qui nomment l'absence
Les larmes ces anges d'enfance qui diluent la souffrance
La souffrance ce prix à payer pour voir clair dans l'existence
L'existence cette fleur insensible à la lumière des sens

Alors
Alors les tombes sont aussi belles
aussi cruelles que l'amour
Les tombes anonymes des enfants des martyrs
Les tombes apparues sous les cris disparues en silence

Alors devant ce charnier qu'est devenue la terre entière
je m'incline
Et dans un murmure d'eau douce au monde entier
En cette fin de siècle de faim d'opulence de folie meurtrière
Mon regard prononce des « iwaliwn »[1] qui n'ont jamais existé.

Ali Khadaoui
Kénitra le 14-12-2002.


[1] « des mots » en langue amazighe

Jamais au grand jamais
Tu n'iras sur la colline
pour compter

Jamais au grand compteur
Tu ne diras le nom de cet autre

Jusqu'à présent
l'eau se fait toute petite
Monsieur a beaucoup d'argent
Madame lui fait les yeux vides
L'amour lui se bouche les oreilles
ferme les yeux pour ne pas boire
Alors la fleur se fait serpent
L'abeille se fiche une claque
Le prêcheur amasse les sous
Le ministre desserre sa cravate
Le policier tourne le dos aux voitures trop pressées
Le maître d'histoire raconte aux enfants
l'histoire de sa dispute
avec sa femme
pour un malheureux repas.
Un fou qui a tout compris lance au brouillard :
« Ils ont tout bouffé même les lauriers de Lahri
Et qui parle de pollution ?
Ce n'est tout de même pas moi
qui mets le feu à maticha chaque ramadan !
Non c'est vrai, il faut reconnaître que pour danser
ils sont nuls nos élèves !
pour l'histoire c'est pas leur faute ».

Et comme des oiseaux qui s'en vont à l'automne
dans un va et vient incessant monotone
entre le grain l'amour et la peur
cette fleur.

Par delà le temps par delà l'aurore
ton visage comme accroché au vide
libre, léger, beau et tout amour
je sais qu'en ce moment même où le monde est en colère
tu me vois et tu souris.

Kénitra le 23-03-2003

Et ces peuples démunis traînant une histoire en loques
une histoire démentie par un futur en hypothèque
Ces peuples abrutis par tant de poubelles
où les enfants jouent le jour et dorment la nuit
des enfants de tous âges et de toutes beautés
des enfants que seul le sommeil caresse

Jour et nuit ces peuples aux mains crochues
s'accrochent de plus en plus aux barbelés
avec le seul espoir que le jour suivant
le soleil se lèvera et la pluie viendra après

Ces peuples qui oublient tous les mensonges
de ces charognards nettoyant ce cadavre qui n'en finit plus

Il y a comme une malédiction à être lucide
dans un monde injuste où tant de sots
se croient grands à terroriser les enfants
tout simplement en appuyant sur un bouton
au nom des marchands de canons
en leur interdisant
de parler la langue de leur maman
Il y a tout de même cet espoir
le rêve du grand soir
qui n'aura jamais lieu

Et les rêves des chimères implorent les mots
de se libérer de ce bagne où les retient le vide

Avant l'aurore j'irai planter quelques sourires
qui fleuriront le matin du grand saut
les pieds dans la source et le cour au soleil
là où une âme errante par caprice par envie
s'ouvre un peu comme la rose du désert
s'offre au ciel dans le chant amazigh.

Kénitra le 24-03-2003


CONTINUATION DE LA BIOGRAPHIE:

Cette situation est dénoncée et combattue par le Mouvement Amazighe depuis les années soixante. Ce dernier essaie de renverser cet ordre colonial et de faire retrouver aux populations de cette partie du monde, une identité qui leur a été confisquée. Il réclame une constitution démocratique où la langue amazighe est reconnue langue officielle, dans un Etat démocratique, pluriel et citoyen. Il le fait par des moyens pacifiques, civilisés, dans le respect des principes des droits de l'homme, de la tolérance, de l'ouverture et de la fraternité humaine.
Dès mon entrée à l'école primaire en 1958, je n'ai pas compris ni accepté que ma langue et ma culture mères ne soient pas admises à l'école. C'est pour cela que j'ai adhéré très tôt au Mouvement Amazighe et que mon combat pour défendre les droits de l'amazighité n'a jamais faibli, au contraire. Progressivement, la recherche m'a permis de prendre conscience de l'histoire et de la civilisation amazighes, de percevoir leurs valeurs propres, de connaître les mécanismes qui ont conduit à leur exclusion dans leur pays d'origine, et ma détermination pour leur sauvegarde et leur revalorisation n'a d'égale que la peur de les voir disparaître. Je suis donc devenu à la fois -par la force des choses- chercheur spécialiste de la culture et du patrimoine amazighes, mais aussi artiste et militant de la cause amazighe. C'est qu'être amazighe aujourd'hui et vouloir le rester, est « nécessairement un acte militant, culturel, éventuellement scientifique, toujours politique », pour paraphraser Salem Chaker, un éminent chercheur et militant amazighe [1].

Mon nom est :
khadaoui, en référence à la fraction « ikhaddaouine », pluriel de « akhaddaoui », de la tribu amazighe [berbère] des ait Maî, l'une des cinq tribus constituant la Fédération des ait « Harkat », elle-même constituant l'une des huit Fédérations qui forment la Confédération des « Izayane », pluriel de « Azayi ».
La Confédération des « Izayane » dont la capitale est Khénifra, appartiendrait selon beaucoup d'auteurs à la branche Sanhadja, très probablement une déformation de la prononciation amazighe de « iznagen », pluriel de « aznag »,ce qui veut dire l'homme rouge. Actuellement, ce groupe « Sanhadja » occupe une immense superficie géographique au Maroc. Celle-ci va de l'Atlantique jusqu'au Sahara. D'après Léon l'Africain, cette occupation remonte au 16e siècle, époque à laquelle les grandes migrations des peuples berbères étaient achevées. On distinguait alors cinq branches : Sanhadja, Masmouda, Zenata, Haouara, et Gumara.
Ce nom, « khadaoui » -avec un seul « d » à cause des scribouillards de l' état civil- est donc une dénomination ethnique. C'est moi-même qui l'ai choisi [instinctivement dirai-je] à l'âge de 11 ans, lorsqu'il m'a fallu en tant qu'élève de la première école primaire coloniale de ma région, établir un état civil écrit pour les besoins administratifs relatif à l'examen du certificat d'études primaires.
Quant à mon prénom, « ali », c'est une reprise du prénom du gendre du prophète des musulmans mohamed. Mes parents sont musulmans et analphabètes, et comme tout bon musulman, donner un nom musulman à leur enfant est une action charitable qui les rapproche de Dieu. C'est ainsi que les prénoms amazighes ont presque cessé d'être utilisés au profit des prénoms arabo-islamiques. Et puisque ce prénom m'a été donné au 7e jour de ma naissance, vous comprendrez que je ne pouvais rien faire pour le contester!
Comme je l'ai déjà annoncé plus haut, j'ai vu le jour dans une contrée de la montagne connue sous le vocable du « Moyen Atlas ». Atlas est un massif montagneux du Nord de l'Afrique. Ce massif s'étend du sud-ouest au nord-est, en s'abaissant progressivement, sur les trois pays du nord Afrique : Maroc, Algérie et Tunisie. L'Atlas marocain est composée du Moyen Atlas, du Haut Atlas et de l'Anti-Atlas, avec respectivement, les points culminants suivants : 3356m, 4167m, 3305m.
D'après la mythologie grecque, Atlas est aussi un Dieu géant qui a élu domicile dans ces chaînes de montagnes après avoir été condamné par Zeus à supporter la voûte céleste sur une de ses cornes. La mythologie amazighe -qui a bien des similitudes avec la mythologie grecque- explique les tremblements de terre par le fait suivant : quant la corne qui supporte la voûte céleste est fatiguée, et qu'Atlas veuille le monde sur l'autre corne, la terre tremble inévitablement.
Atlas est aussi désigné par Platon comme le roi de l'Atlantide, cette cité mystérieuse dont l'emplacement n'a pas encore été localisé de manière définitive.
La vallée où je suis né est dominée par une montagne appelée « Ighoud », ce qui veut dire le « beau » en langue amazighe, en référence au Dieu de la beauté. C'est dire que je suis né en plein territoire des mythes, et que je suis habité par tant d'histoires racontées par les vieux qui ne laissaient passer aucune occasion pour s'adonner à leur sport favoris : raconter des histoires aux petits qui n'en demandaient pas moins jusqu'au sommeil. C'est ainsi que se transmettait la tradition et l'histoire dans une société agro-pastorale égalitaire où, « du prince au berger, chacun avait la même ration de fromage et de laitage ».[2]
C'est le pur des hasards qui m'a conduit sur le banc de l'école coloniale, car là où j'ai vu le jour, l'école n'a été construite qu'en 2004. En effet, je venais d'avoir juste sept mois lorsque ma mère tomba enceinte de ma sour cadette. Par peur que je ne tombe malade à cause du lait d'une femme enceinte, ma grand-mère maternelle qui habitait Ziar, un petit hameau dans la plaine, me prit chez elle. Elle aussi venait juste de perdre son mari, mon grand-père maternel et avait besoin de compagnie.
C'est ainsi que le destin voulut que j'aille à l'école, contrairement à mes autres frères et sours. Au village de ma grand-mère, j'allai à l'école islamique pour apprendre le coran dès un âge très bas. C'est une école où on apprend le texte religieux par cour, dans la langue arabe, sans rien comprendre, à l'aide d'une pédagogie de la terreur : celui qui n'avait pas appris sa leçon comme il fallait, était soumis à une torture digne des polices des régimes les plus sanguinaires. Nous étions loin de la pédagogie d'apprentissage libre par observation et imitation pratiquée chez Imazighen. Mais le sacré a sa logique, et la majorité des parents acceptaient que leurs rejetons soient ainsi terrorisés et pour cause de Dieu ! Les maîtres leur disaient que toute trace laissée par le bâton de la torture au msid [nom de l'école coranique] ne brûlait pas en enfer. Les parents étaient donc persuadés que le corps de leur enfant qui, chaque jour était noirci par la grâce des coups du maître à des endroits différents, finirait par aller au paradis !
Ce n'était pas le cas de ma grand-mère qui, par amour pour moi, par respect de la tradition amazighe, avait toujours refusé que je sois tabassé par le fquih [le maître coranique]. Chaque fois qu'il y avait un nouveau fquih , elle allait le prévenir : « Monsieur, sous aucun prétexte, vous ne touchez pas à mon enfant même s'il n'apprend rien du tout ». Et la réputation de ma grand-mère comme femme sage mais ferme était bien faite. J'avais donc la paix, et j'apprenais mieux que les autres.
Après quelques années au msid, une école coloniale moderne est construite au village et les autorités obligèrent les parents à mettre leurs enfants à l'école. J'étais dans le lot.
L'école ! L'école qui aurait du être un lieu d'apprentissage, de construction de soi en harmonie avec la langue, la culture et l'identité des enfants que nous étions, a plutôt été l'instrument d'une coupure avec soi, avec les parents et le groupe d'appartenance d'origine. Ce qui n'a pas manqué d'amener le plus grand nombre des scolarisés à renier leur langue, à ne plus la parler même avec leurs parents qui ne connaissent pas un mot des deux langues de l'école : l'arabe et le français.
Mais c'est surtout l'arabe, présent dans le pays depuis plus de 14 siècle, langue du coran, donc sacralisée par les idéologues de l'arabisme, qui finira par devenir un tsunami qui a progressivement englouti la civilisation amazighe. Le processus -toujours en cours- a conduit à l'arabisation de régions entières, surtout les régions côtières et les plaines intérieures. Seules les zones difficiles d'accès comme les montagnes et le Sahara ont pu garder leur identité. Mais jusqu'à quand avec les moyens modernes de communication ?
En 1964, j'obtenais mon Certificat d'Etudes Primaires [CEP]. Je devais donc rejoindre le Collège à 16 km de mon école primaire. Mais 16 kms pour moi, à l'époque, c'était des centaines de km ! Arrivé vers 7heures par taxi à la ville de Khénifra, je me mis sur un mur bas et restai cloué sur place, ne sachant où aller. J'étais tout simplement rebuté par la ville et sa multitude. Je demeurai là jusqu'à ce qu'une main se posa sur mon épaule : « ali, que fais-tu là ? ». C'était mon maître d'école primaire qui était en ville et qui venait prendre le taxi pour aller à l'école de Ziar. Il me montra le chemin qui conduisait au Collège, m'encourageant par ces mots : « Tu ne risques pas de te perdre, il te suffit de suivre ce boulevard jusqu'à ce que tu tombes sur une grosse bâtisse à gauche, après le pont, devant laquelle tu trouveras les élèves qui entrent et sortent'. C'est ainsi que débuta mon entrée au Collège.
Du collège au Lycée, du Lycée à l'Université puis à la profession d'enseignant, mon itinéraire a été celui d'un enfant paysan scolarisé, coupé de ses racines, sevré de sa liberté, de ses copains d'enfance, de sa langue maternelle, de

 

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